DANS LES MUSÉES

Vase en Porcelaine de Sèvre – Époque Louis XVI

Manufacture royale de Porcelaine de Sèvres (“Vase jardin à dauphins”) – Porcelaine dure.

Pierre Joseph Rosset l’Ainé, peintre. Jean Pierre Boulanger, doreur.

Don de la famille Kraemer,
Localisation :
Musée du Louvre, Paris.

En savoir plus : UN RICHE VASE DE LA MANUFACTURE ROYALE DE PORCELAINES DE SÈVRES

Vase - Louis XVI Manufacture royale de Porcelaines de Sèvres (“Vase jardin à dauphins”) - Porcelaine dure. Pierre Joseph Rosset l’Ainé, peintre. Jean Pierre Boulanger, Doreur. Don de la famille Kraemer. Localisation : Musée du Louvre
Vase - Louis XVI Manufacture royale de Porcelaines de Sèvres (“Vase jardin à dauphins”) détail

UN RICHE VASE DE LA MANUFACTURE ROYALE DE PORCELAINE DE SÈVRES

Fruit de la collaboration entre le sculpteur Louis Simon Boizot, le peintre Pierre Joseph Rosset l’Ainé et le doreur Jean-Pierre Boulanger, ce vase nommé « Jardin à Dauphins » en porcelaine de Sèvres date du règne de Louis XVI. 

Il fut offert au musée du Louvre en 1997 par la galerie Kraemer.

La manufacture royale de Sèvres

Sous l’Ancien Régime, la porcelaine est un bien rare, précieux et luxueux, alors surnommée « l’or blanc ». Fascinées par cette technique, les cours européennes tentèrent de percer le secret de sa fabrication originaire de Chine, à l’image de la Manufacture de Sèvres.

La manufacture voit le jour en 1740 lors de la création d’un atelier de porcelaine tendre à Vincennes sous l’impulsion de Madame de Pompadour. Cinq ans plus tard, la manufacture obtient un privilège royal de Louis XV. C’est en 1756 que la manufacture est transférée à Sèvres à proximité du château de Bellevue, alors domaine de la Marquise de Pompadour, dans un bâtiment imaginé par l’architecte Laurent Lindet à l’emplacement d’une ancienne ferme. Elle s’étend sur 130 m de long et quatre étages.

En 1768, deux chercheurs découvrent le premier gisement de kaolin en France, près de Limoges : cette roche est l’élément à la base de la fabrication de la porcelaine dure.

Avec l’avènement de Louis XVI, la manufacture engage un virage dans sa production de porcelaines, s’adaptant alors au nouveau style néoclassique en vogue.

L’alliance de différents artisanats

Ce vase est le résultat de la collaboration de Louis Simon Boizot, Pierre Joseph Rosset l’Ainé, et Jean-Pierre Boulanger.

Le premier est sculpteur et réalise le dessin pour le modèle du vase. Il est l’élève de Michel-Ange Slodtz puis séjourne à l’Académie de France à Rome de 1765 à 1769. A son retour en France, il est agréé à l’Académie en 1771, puis reçu en 1778. Fort de son talent, il est nommé sculpteur du Roi. Au sein de la Manufacture de Sèvres, il succède à Falconet au poste de directeur de l’atelier de sculpture. Il exécute alors de nombreux groupes retranscrits en biscuit jusqu’à son départ en 1800. Ses talents de sculpteur lui permettent également de collaborer avec les bronziers les plus en vue de l’époque tels Thomire et Gouthière.

Pierre Joseph Rosset est quant à lui peintre de fleurs, paysages et motifs à la manufacture de Sèvres de 1753 à 1799.

Enfin, Jean-Pierre Boulanger est doreur mais s’illustre également en tant que peintre de motifs, et il est actif à Sèvres de 1754 à 1785.

Un vase à la gloire du Dauphin

En 1781 naît le premier fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, deuxième enfant du couple royal.

C’est un événement à la cour car la reine vient de mettre au monde le tant attendu héritier du trône. Malheureusement, souffrant d’une santé fragile, le dauphin enchaîne les fièvres et se révèle atteint de la tuberculose. Il meurt en 1789 à Meudon à l’âge de sept ans. En prévision de sa naissance, la manufacture de Sèvres est chargée de développer un nouvel ensemble décoratif à motifs de dauphins. Ce vase en fait partie.

Mesurant 49 cm de hauteur, ce vase est de forme dite « cratère en calice », inspirée de la céramique antique grecque.  Les dorures se détachent sur un fond nommé « beau bleu » qui vient accueillir deux médaillons bordés d’or de chaque côté représentant des paysages de ruines. Ils sont encadrés de sculptures de roseaux et les anses prennent la forme de deux dauphins accolés. Les dauphins font alors référence à Louis Joseph Xavier François de France, fils aîné de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Le bleu utilisé comme fond pour ce vase est devenu « la » couleur de la manufacture de Sèvres, à base de bleu de cobalt mis au point en 1778. Participant à la renommée internationale de la manufacture, il est présent sur de nombreux services destinés à la famille royale. Le vase porte la marque des deux L entrelacés de la manufacture ainsi qu’une hache, marque de Rosset.

Ce vase est caractéristique de la production de Sèvres tout en se démarquant par l’originalité de ses décors et ses proportions.

Un cadeau diplomatique

Le vase « Jardin à Dauphins » a ensuite probablement été offert par Louis XVI au prince Henri de Prusse, frère de Frédéric II alors roi de Prusse. Il lui fait ce cadeau en 1784 lors de son voyage en France sous le nom de comte de Oels. Le service que lui offre le roi comprend 128 pièces.

Séduit par la beauté des porcelaines de Sèvres, Henri de Prusse décide de passer commande à la manufacture afin de compléter le cadeau fait par le roi. Il demande alors de réaliser son portrait en biscuit et c’est Louis-Simon Boizot qui en prend la direction.

Les pièces du service sont aujourd’hui éparpillées dans le monde.