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DANS LES MUSÉES

Secrétaire à cylindre – Époque Louis XVI

Secrétaire à cylindre en placage de bois de rose, amarante et sycomore,

orné de bronzes ciselés, ajourés et dorés. Paris.
Estampille de Mathieu-Guillaume Cramer. Circa 1775.

Provenance : Galerie Kraemer
Musée du Louvre, Paris
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UN SECRÉTAIRE À CYLINDRE POUR LE ROI DE SARDAIGNE

Ce secrétaire à cylindre dit « du roi de Sardaigne » a été réalisé par l’ébéniste Mathieu-Guillaume Cramer vers 1775.
Sa production couvre l’époque Transition et principalement l’époque Louis XVI. Elle se distingue par des compositions très architecturées et assez souvent par l’utilisation de marqueterie de bois jaunes comme le citronnier.
Pour imaginer ce secrétaire à cylindre, Mathieu Guillaume Cramer puise dans le nouveau style Louis XVI tout en conservant un léger galbe hérité du règne précédent.

Mathieu Guillaume Cramer

Cramer naît en Allemagne, dans la région de la Rhénanie, avant de venir exercer à Paris.
Installé rue du Faubourg Saint-Antoine et très proche de Carlin, il est fait maître ébéniste en 1771. La même année, il se marie avec la fille de l’ébéniste Collet, également nièce de Joubert. Quelques années plus tard, il déménage son atelier rue du Bac et commence une nouvelle activité de marchand.

A sa mort, l’inventaire de son atelier réalisé par Lacroix et Petit révèle une production considérable, composé de cinq établis avec de nombreux meubles finis ou inachevés. Ils nous apprennent qu’il travaille de luxueuses essences de bois comme l’acajou, le bois de rose, et le satiné.

Cramer conçoit des pièces de mobilier très diverses : de nombreuses tables, commodes, encoignures, secrétaires et chiffonniers. Il excelle dans la marqueterie et prise notamment la marqueterie de rosettes sur fond de bois jaune qui devient l’une de ses signatures.

Il collabore avec de nombreux confrères et il lui arrive même de revendiquer certaines de leurs productions. Il travaille notamment avec Canabas, Roussel, et Topino qui peuvent être considérés comme des sous-traitants.

Parmi sa riche clientèle, il est possible de nommer la duchesse du Châtelet, le duc de Montmorency, et le prince de Broglie. Malheureusement, la Révolution provoque sa faillite. Il décède en 1804.

Bronzes et marqueterie à foison

Ce secrétaire est orné d’une marqueterie géométrique de losanges sur les tiroirs, les côtés et le dos, contenue dans des encadrements de bois plus sombre. Cramer utilise ici le bois de rose, le sycomore, et l’amarante.

Il ouvre par un cylindre à lattes découvrant tiroirs et étagères. Le cylindre s’actionne en tirant le plateau via les boutons de tirage, il est recouvert d’un dessus de cuir. Il ouvre également par deux caissons de deux tiroirs en façade et un tiroir en ceinture. Les côtés du meuble révèlent deux petites tablettes d’écritoire garnies de cuir et pourvues chacune d’un encrier. Au-dessus du cylindre se trouve un gradin cintré d’une galerie.

Ce secrétaire est exceptionnel par son ornementation de bronzes ciselés et dorés. Nous la retrouvons sous la forme d’une frise de rinceaux ajourée au niveau de la ceinture, en anneaux et boutons de tirages. Les plus remarquables sont les chutes d’angles : elles figurent une tête de bélier pourvue d’une guirlande de feuilles de chêne et se prolongeant par une frise de piastres jusqu’à un ruban noué.

C’est ce que l’on appelle un secrétaire toutes faces car l’ébéniste a simulé des tiroirs au dos du meuble et a reproduit la même frise en ceinture. Il était donc destiné à être placé au centre d’une pièce, de manière à pouvoir tourner autour.

L’esprit d’Oeben et de la Transition

Bien que moins riche et moins volumineux, ce secrétaire rappelle le « bureau du roi » d’Oeben. En effet, Cramer est originaire de la même région qu’Oeben et se forme dans le même cercle d’artisans.

Oeben est parfois considéré comme l’inventeur du bureau à cylindre après avoir réalisé cette prouesse technique aux côtés de Riesener. Cette forme de bureau connaît un grand succès dans la communauté des ébénistes et l’atelier de Oeben produit alors de nombreuses variantes.

Oeben est également l’un des initiateurs de la mode des meubles à mécanisme. Le mobilier à transformation était très prisé de l’aristocratie européenne d’alors. Il était d’usage de confier la confection des mécanismes aux horlogers et aux serruriers mais certains ébénistes les réalisaient eux-mêmes comme Oeben qui profitait de la protection du roi, le libérant ainsi des interdits des corporations.

L’appel au néoclassicisme et aux nouvelles formes se ressent profondément dans la conception du meuble mais les pieds galbés traduisent tout de même un attachement au répertoire du style Louis XV. Le style transition est un appel au retour de la simplicité dans le mobilier, avec un décor architectural inspiré des découvertes d’Herculanum et de Pompéi. A cette époque, la société se passionne pour les cultures anciennes.

Un secrétaire pour l’Italie

Ce secrétaire porte de nombreuses marques d’inventaires dont l’une nous indique sa présence dans villa Poggio a Caiano en Italie en 1840. A cette époque, la résidence était occupée par le grand-duc Léopold II de Toscane.

Cette villa de Toscane fut la résidence des Médicis depuis sa construction en 1480 à l’initiative du grand Laurent de Médicis. Après avoir accueilli tous les Médicis, la villa a été occupée par la sœur de Napoléon Bonaparte, Elisa Baciocchi puis Vittorio Emanuele II de Savoie.
Lorsque la Toscane est annexée à l’Italie en 1860. Le secrétaire est alors déplacé et serait venu meubler le palais royal de Turin.

Enfin, le secrétaire apparaît dans la vente Eugène Kraemer datant de 1913 (lot 359 de la troisième vacation).
Poggio a Caiano devient propriété de l’État italien en 1914.